Au lever du soleil, les alentours du marché aux poissons de Negombo (Sri Lanka) sont déjà bondés. Des centaines de pêcheurs, négociants et ouvriers maritimes s’affairent depuis plusieurs heures au déchargement des bateaux, à la vente en gros et à la découpe des poissons. L’endroit pourrait être bucolique s’il n’y avait pas d’espèces protégées. Ici, on trouve de tout, principalement du thon jaune, adulte et juvénile, des raies et des requins.  On constate le peu de considération que les autorités locales portent à l’avenir des océans. De nombreux visages témoignent de la difficulté du travail de pêcheur et de la misère des ouvriers maritimes. Et au détour d’une conversation, on apprend qu’une partie de cette pêche partira en Italie, une autre en Chine.

À proximité des hangars et des ventes de gros, se trouve un petit marché situé à même la plage. Le sable est couvert de carcasses de poissons, de filets et de charognards. La chaleur pesante embaume la plage d’une odeur acre et étouffante. Les embarcations sont bien plus modestes et les pêcheurs se rabattent sur ce que les gros armateurs daignent leur laisser : des anchois et du thon juvénile principalement.  Les petites mains sont ici bien plus nombreuses et participent toutes à ce ballet macabre : rinçage, écaillage, découpage, empaquetage. Le fruit de leur labeur harassant est alors vendu quelques mètres plus loin sur des étales en bois, aux restaurateurs et aux habitants des environs.

Negombo n’est finalement qu’un énième exemple de ce qu’il se passe à l’échelle du globe. La pêche illégale fait des ravages alors que les cadres juridiques favorables à une pêche durable sont nettement insuffisants. Tout comme la superficie des réserves marines, celles-ci ne représentent que 3,5% des mers et océans. Le déclin des écosystèmes marins conduit d’ailleurs certains spécialistes à estimer qu’il n’y aura plus de poissons dans les océans d’ici à 2048.